Du décès rapide des bonnes résolutions…

Super Julie suit les flèches

Super Julie suit les flèches, in Julie n°200 (extrait)

 

…On décide de poster un dessin par jour et puis, on ne sait plus pourquoi, on écrit 2 ou 3 trucs sur le job qui vous ralentissent, parce qu’on ne s’attendait pas à ce que tant de gens viennent les commenter.
Et puis y’a des attentats qui tuent des Grands Anciens du métier et on passe beaucoup de temps à discuter avec les gens et à lire des tas d’articles pour essayer d’être moins bête et moins désespérée du monde.
Et puis y’a le numéro 200 de Julie qui vire à l’usine à gaz et quand bien même ça deviendrait Fukushima, faut respecter la date de bouclage. Ça aussi, c’est le job.

Et quand on se dit enfin :  » Je nettoie mon atelier et je me prends le reste de la  journée sur mon canapé avec un bouquin », votre éditeur vous appelle pour vous dire que le quatrième album du « Journal de Julie » est à boucler pour le 4 avril, alors qu’il vous manque 17 planches sur 48 et que sur les 31 existantes, il faut reformater les 18 premières (ô merde) parce que le format des albums a changé (ô joie).

Alors vous lâchez le bouquin et le canapé et vous retournez travailler jusqu’à 3 heures et demi du mat (comme vous l’avez fait toutes les nuits de la semaine précédente sur l’usine à gaz), pour commencer à reformater les 18 planches.
Après, il vous restera 9 scénars à écrire et dessiner, dont 2 en 5 planches, plus la couv’ et 6 ou 7 illustrations…
Et c’est pas comme si vous n’aviez que ça à faire…

Vous avez un petit peu envie de décéder aussi.

PHdead-2

L’artiste, ce branleur.

L’artiste est un branleur. Pour lui, c’est fastoche, Il fait ça juste comme ça, en claquant des doigts, sans effort, sans travail. En plus, ça le fait marrer… Il faudrait le payer en plus ?

PrincessH et la condition d'artiste

Balayer parterre, c’est pas très difficile non plus. Mais personne ne reproche son salaire au balayeur. Parce que lui, il a une excuse : son métier n’est pas rigolo. Il n’est pas censé y prendre plaisir.
Alors que nous, si. On fabrique du plaisir pour les autres, et on a l’arrogance d’en ressentir en même temps. Et ça, on ne nous le pardonne pas.
Par contre, un expert-comptable qui s’amuserait dans son métier et y prendrait plaisir (il y en a), on ne lui en voudra pas. Parce que la compta, c’est considéré comme chiant (moi, j’aime bien, ça me repose. Mais bon c’est moi, hein.)
Bon, j’avoue. Nous, on a encore un truc en plus  : être artiste, c’est glamour/paillette. Mais franchement, qu’est-ce qu’on y peut ? Mais c’est comme si on faisait exprès d’en rajouter pour faire chier.

Donc, il est normal de payer le balayeur (des clopinettes, quand même, faut pas exagérer, Il a pas fait d’études.) (Quoi que.)
Il est normal de payer l’expert-comptable (même s’il aime ça) ; parce que lui, il en a fait des études. Et puis on n’a vraiment pas envie de faire son boulot. (Et puis bon, il tripote votre pognon, tout ça ; donc vaut mieux lui en donner un paquet pour qu’il le pique pas. C’est stratégique.)
Mais les artistes ? Franchement ?… Spa sérieux. Ils ne travaillent pas, ces gens-là, c’est juste une bande de branleurs qui ont fait des études de branleurs, et qui s’amusent comme des branleurs, en prétendant que c’est un métier…

Alors je vais parler de mon cas, c’est celui que je connais le mieux.

Mes études de branleuse

J’ai fait 5 ans d’études aux Beaux-Arts de Lyon. Si j’écris le nom de l’école en entier, c’est Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon.
Oui, ça commence par Ecole Nationale Supérieure.
Comme Ecole Nationale Supérieure d’Administration, ou Ecole Nationale Supérieure de Chimie, ou Ecole Nationale Supérieure des Techniques Avancées, ou Ecole Nationale supérieure des Télécommunications, ou Ecole Nationale Supérieure d’Architecture… ou Ecole Nationale Supérieure de la Police (oui, ça existe).
Sûrement une belle bande d’écoles de branleurs, donc.

Mais mes études ont commencé bien avant : quand j’avais 4 ans, à la maternelle, on m’a donné un papier et un crayon. J’ai commencé à dessiner et j’ai jamais arrêté. J’ai fait ma scolarité en dessinant tous les jours, pendant tous les cours, sauf la gym.
Alors oui, au début, c’était pour m’amuser. Mais assez rapidement, comme j’y arrivais plutôt pas mal, j’ai upgradé la difficulté. J’ai dessiné des choses que je trouvais difficiles ; j’ai regardé comment étaient dessinées les illustrations dans mes livres d’enfant et je les ai refaites à ma façon en changeant ce qui ne me plaisait pas ; j’ai recommencé 15 000 fois jusqu’à ce que j’y arrive ; j’ai examiné tout ce qui me tombait sous la main et qui contenait ou portait des illustrations pour comprendre comment elles étaient faites : les étiquettes de pot de confiture, les décalcomanies, les jeux de société, les livres d’art de mes parents, mes romans jeunesse, mes livres scolaires, les Tintins et Spirous de mes oncles et tantes, les semaines de Suzette, les albums de Bécassine et les vieilles Bibliothèque Rose de mes grand-mères, tous les bouquins et les BD de mes copains, de mes voisins, le Journal de Mickey des enfants de la femme de ménage, la presse jeunesse catho à la sortie de la messe, les publicités, les affiches, les prospectus, les films à la télé… Et les pin-up de calandre sur les 15 tonnes qui se garaient près de chez moi quand j’avais 7 ans. (Je les adorais, ces pin-up !).
Et au fur et à mesure que j’ai grandi, j’ai disséqué et analysé machinalement ce que je lisais (et je suis une énorme lectrice) et toutes les images que j’y trouvais, pour choper des trucs nouveaux et de nouvelles idées que j’essayais.
Et puis à force, j’ai commencé à suggérer des histoires dans mes dessins, des embryons de narration… Je ne dessinais plus des bonhommes, mais des personnages.
Et à 20 ans, je suis arrivée aux Beaux-Arts.

Quel expert-comptable, quel énarque, quel chimiste, quel architecte, quel flic peut prétendre avoir pratiqué son art tous les jours depuis l’âge de la maternelle ?
Moi, je peux.

Alors oui, à l’arrivée, je suis capable de faire ça « comme ça », avec facilité, en 3 minutes sur un coin de table. Le dessin suivant à dû me prendre une heure max, distraitement, en regardant la télé.
Mais ne venez pas me dire qu’il n’y a pas un putain de boulot derrière.

Julie, Kim, Théa, fleurs et chenille

 

Calirezo

Calirezo et moi, j’ai déjà dû le raconter ici et là, on s’est rencontrées sur le web, quelque part en 2003. Mon webmaster préféré m’avait dit : « Il y a une fille qui dit du bien de ton travail sur le web, et je pense que le sien va te plaire… »
Alors je suis allée visiter son site, et je lui ai envoyé un petit mot de remerciement et d’admiration, parce que oui, son travail est magnifique.
Et on est devenues copines virtuelles, puis IRL. On bavardait par mail, on rigolait, et tout ça…

Et puis, un des magazines pour lesquels je travaillais m’a demandé d’illustrer un article  sur les blogs. Comme je ne savais pas ce que c’était, j’ai demandé à Cali si elle avait une idée, on s’est mises à chercher des infos toutes les 2, et quand on les a trouvées, on s’est jetées sur nos webmasters en leur proposant des faveurs sexuelles illimitées en leur demandant gentiment s’ils pouvaient nous faire des blogs, oui oui là maintenant tout de suite, parce que c’était urgent.

Aujourd’hui, les blogs, c’est un peu has-been, et c’est dommage.
Ça reste un espace formidable de rencontres, d’expression et de création.
Pour preuve, Cali édite aujourd’hui ses 10 années de blog, qui sont juste un absolu de talent et de fantaisie.

Et elle m’a fait l’honneur de me demander une préface. Je suis trop fière !

 

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