Jean-Michel Kacedan

Sans Jean Michel, j’aurais jamais été capable de faire une image comme ça….

Une image avec de la profondeur, des lignes droites, des trucs géométriques, enfin une sorte de perspective, quoi…

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Mais lui, l’espace et les lignes droites, c’est son truc. Il a essayé de m’apprendre, avec beaucoup de patience, parce que je suis pas très douée pour ça.

Ensuite pendant quelques années, chaque fois que je faisais une image avec des décors, j’allais le voir pour qu’il me dise si ça tenait debout ou pas, parce que j’étais pas capable de me rendre compte toute seule…

Je me souviens qu’un jour, il était en train de dessiner un grand palais d’Europe de l’Est pour un guide Gallimard, le genre de bâtiment qui fait 5 kms de long sur 10 de large, avec 800 millions de fenêtres et de détails architecturaux tarabiscotés.
Il s’amusait bien, parce que c’est le genre de truc qu’il fait pour se marrer, Jean-Michel.

Moi, en échange, je venais à son secours pour faire toute sa comptabilité de l’année en un après-midi, de préférence 1 mois après la date limite pour rendre la déclaration d’impôts.
Parce qu’on peut être habité par la géométrie dans l’espace, et vomir l’arithmétique.

Depuis quelques années, on s’était un peu perdus de vue.
Parce que finalement, il avait quand même réussi à m’apprendre quelque chose, alors j’ai fini par me débrouiller sans lui.
Et lui, il est devenu intermittent du spectacle pour dessiner des décors dans des films d’animation. Comme ça, il était plus obligé de faire de la compta.
Mais on avait des nouvelles l’un de l’autre, parce que c’est le meilleur ami de mon cousin Renô.

Et puis on s’est vus fin juillet. Je lui ai montré mon site. Et il a adoré Géralda.

Pour Jean-Michel Kacedan

Il m’a dit : « Ça, c’est du pain béni pour un animateur ! Il faudrait qu’on fasse un truc ensemble ! »
Il marchait en se tenant aux meubles et aux murs, et il y avait un fauteuil roulant et des béquilles dans un coin.
Il était comme toujours gentil, chaleureux, passionné, intéressé par les gens qui étaient là.

Cette semaine, on l’a opéré. Vendredi, il est mort. Trop vite, et trop jeune.

27 réflexions sur « Jean-Michel Kacedan »

  1. Merde…
    Je me souviens bien quand tu allais faire redresser tes lignes de perspective.

    Ca me fait penser à Mathieu Laville, Kingofclay bien avant moi, qui m’a fait découvrir la pâte Fimo. Certaines fois en modelant l’expression d’un visage en pâte, je retrouve son humour et je me dis qu’il doit être là, juste au dessus de mon épaule.
    Tu ne pourras plus faire une ligne de fuite sans penser à Jean-Michel… et c’est bien.

  2. merde, les gens qui meurent comme ca c’est pas juste! heureusement que tu l’avais revu, je suis sure que ca lui a fait du bien de voir que ses efforts n’avaient pas été vains et de se souvenir des bons moments 🙂

    grosses bises princessh, je pense bien fort à toi.

  3. ptin princess, reuzman que t’es une princess, comme ça tu vas pouvoir tenir le coup…. et pis on t’aide à le tenir, le coup, paskil est bien lourd

    So gross zoub princess coeur nuage de brume (qui se déchire avec le vent de la mort, zavez vu comment jsuis phYlosophysique, lol…)

  4. Oui je le dis moi aussi trop tard !
    Et j’en pleure
    J’appelle pour souhaiter la Bonne Année et apprends la mort de Jean Michel. Son papa Basile était le parrain de mon frère et la famille Kacédan a toujours tenu une place importante dans mon (notre) coeur, même si l’on ne se voyait plus beaucoup. Je te t’oublierai pas jean-Michel ! et courage à Anastasia et Marie que j’embrasse très fort

  5. Moi je voulais juste dire merci à toutes ces personnes qui sont me sont totalement inconnues. J’étais sa cousine, Anne. Fille de Simon Kacédan, le frère de son père. Ca me touche de voir ces messages. Je l’ai toujours considéré comme un Artiste et le voir me faisait oublier mes idées très ou trop terre à terre…

  6. Janvier 2006, j’arrive sur cette page en tapant le nom de mon ami, "Jean-Michel Kacédan" dans Google…

    Jean-Michel était quelqu’un d’entier, un vrai ami. Nous étions aux Arts Déco ensemble, et c’est lui qui m’a initié au jazz en m’embrigadant dans le petit combo qu’il avait formé autour de sa contrebasse. Plus tard – en 88 ? – nous avons passé une partie de l’été dans le sud de la France, lui avec son violon, moi avec ma guitare, à partager mille aventures en tentant de faire revivre le jazz gitan aux terrasses des cafés.

    Jean-Michel, c’était un regard exigeant sur le monde, mais c’était aussi un monde intérieur bouillonnant.

    J’ai vu l’homme pour la dernière fois en 1999, juste avant de m’expatrier au Québec.

    J’ai lu son nom récemment au générique d’un dessin animé que regardait ma fille.

    De lui, il nous reste beaucoup plus qu’on ne croît…

  7. Avril 2008.

    J’ai rencontré Jean-Michel, dans une brocante de rue à Versailles, il y a quelques années.
    Je ne le connaissais pas.
    Il vendait alors certains de ses dessins qui, m’a-t-il dit, avaient permis d’illustrer des guides touristiques et des livres d’histoire.
    Je suis tombée amoureuse de l’un de ses dessins : une planche de travail relative à l’art gothique en Normandie.

    Il me l’a vendu à un prix très raisonnable, correspondant à mes moyens.
    Je lui avais alors proposé de revenir en fin de journée pour lui laisser la possibilité de le vendre à quelqu’un de plus offrant. Il m’a répondu : "non, je vois que ce dessin vous plait vraiment, et c’est donc à vous que je veux le vendre".
    Mes moyens m’ayant aujourd’hui permis de le faire encadrer, je viens juste de le récupérer et j’ai donc décidé de regarder sur internet si je trouvais les coordonnées de Jean-Michel, simplement pour lui dire combien quelques années après, j’étais contente de cette belle aquarelle.

    Je suis tombée sur votre site, j’ai appris la mauvaise nouvelle.. j’ai beaucoup beaucoup de peine.
    Merci mille fois à ce grand artiste.
    Mes plus sincères condoléances à sa famille et à ses amis.
    Claudine

  8. Je viens d’apprendre moi aussi avec tristesse la mort de Jean Michel…

    Je me souviens bien de lui.

    Tout d’abord, aux Arts Déco, je crois que tout le monde connaissait au moins de vue, ce type assez grand, assez maigre aussi et plutôt beau gosse. Il jouait effectivement dans une petite formation musicale jazzy avec Olivier Bruel (voir ci dessus) quasiment chaque midi à la cafète…

    À l’époque je ne le voyais que de loin. Il était toujours souriant, avait l’air sympathique et tout les gens qui le connaissaient disaient effectivement qu’il l’était.

    Moi je ne le connaissais pas vraiment, mais en plus de ce côté sympathique qui me semblait presque suspect, je lui trouvais aussi un air un peu décalé, ou plutôt détaché me semblait-il, c’est à dire pas vraiment là malgré les apparences. Dumoins était-ce la représentation que j’avais du personnage. Mais il est vrai aussi, qu’à l’époque, nous étions nombreux à être un peu barrés aux Arts Déco…

    Puis j’ai eut l’occasion de mieux le connaître quelque temps après, à la fin de mes études ou juste après, toujours aux Arts Déco.

    Je m’étais d’ailleurs trouvé un point commun avec lui de part nos différences : il était le seul élève de l’école qui faisait les élévations en perspectives à partir d’un plan par pur plaisir. J’étais le seul de ma promotion à avoir toujours refusé de le faire tellement cela me rappelait de mauvais souvenirs de géométrie descriptive en seconde technique.

    Puis en 1990, il séjourna à New York, profitant d’un échange avec la Cooper Union School of Art ou quelque chose comme ça. À l’époque il découvrait la ville pour vivre sa légende, son univers urbain mythologique un peu comme un gosse qui découvrirait derrière chez lui un immense terrain de jeu ou bien un nouveau jouet, plus grand que lui.

    Quant à moi j’avais finis mes études et avais entrepris d’aller en Arizona, en profitant d’une offre promotionnelle à bas prix sur les vols Paris – New York. Je débarquai donc là bas avec l’idée de prendre rapidement les bus bon marchés de la compagnie "Greyond"pour me rendre dans le Sud Ouest mythique. Chacun ses légendes.

    Jean Michel avais en tout cas gentiment accepté de m’héberger quelques jours dans l’appartement qu’il partageais avec un "roomate" à NYC.

    Ce n’est qu’alors que j’ai découvert que non seulement il avait l’air sympa, mais qu’il l’était vraiment.

    POUR SUITE DU MESSAG, VOIR LE COMMENTAIRE SUIVANT

  9. SUITE DU MESSAGE PRÉCÉDANT

    Je me souviens aussi d’une ou deux soirées étudiantes décadentes à New York, et aussi qu’il était alors un peu épris d’une jolie afro-américaine qui posait nue comme modèle dans les cours de dessin de Cooper Union.

    Alors, tout naturellement, il s’était mis en tête de l’inviter à dîner à l’appartement. Lorsque la belle est arrivée, il prit sa guitare et se mit à lui chanter doucement une jolie ballade tout en la regardant dans les yeux en lui souriant gentiment d’un large sourire d’enfant…

    Je me souviens m’être dit alors avec une certaine admiration que moi aussi j’aimerais bien savoir faire la cours à une femme aussi magnifiquement et simplement. Il me semblait en effet que Jean Michel connaissait des raccourcis du rêve à la réalité que j’ignorais alors, et en mon esprit cela avait quelque chose à voir avec du grand Art.

    Je me souviens aussi d’un vague entraînement de boxe dans le Lower East Side, alors très mal fâmé. Sous un pont, face à lui je tentais de mettre en pratique mes leçons récente de boxe chinoise du XIIIème arrondissement tandis que lui m’instruisait plus efficacement de ses techniques de boxe française.

    Puis, peu de temps après nous sommes partis tout deux en Bus vers l’Arizona en traversant presque tout le pays d’Est en Ouest.

    Je me souviens alors d’un SDF dans le bus : un travesti jeune, maigre, sale, qui avait perdu sa perruque et qui portait une longue robe de femme déchirée… Il était absolument sans un rond. Le prototype parfait du paria qui semblait fuir une situation épouvantable à New York pour se rendre à San Francisco.

    Arrivé quelque part dans un sale patelin du Middle Ouest, le pauvre gars était la risée de tout un tas de ploucs infâmes et intolérant, qui, assis à l’arrière du bus, s’en moquaient grassement de façon éhontée, à tel point que le malheureux n’osait même plus s’asseoir sur un siège et finit par s’installer humilié à même le sol du couloir!

    Le comble de l’odieux fût atteint à la station suivante, où l’on vit arriver le nouveau chauffeur, un White Anglo Saxon Protestant pur jus caricatural, gras, boursoufflé, suant sa bien pensance dans sa chemise blanche à cravate, la moustache satisfaite et repue, la raie irréprochable sur le côté comme une perruque acrylique.

    Ce personnage impeccablement horrifiant, dont le simple aspect physique me rebutait instinctivement, prit alors le micro et fit à son tour, à l’adresse de tous les passagers, de lourdes et ignobles plaisanteries à propos du pauvre mec!!!

    C’était tout simplement atterrant d’ignominie. Jean Michel et moi nous regardions, interdits, stupéfaits devant l’effrayant spectacle d’une telle densité de connerie.

    Comme mon voisin me demandait, en éructant dans un ricanement ignare ses relents de bière, si nous avions nous aussi en France "such kind of guys", je ne sus que lui répondre, du ton le plus sec que je pus, que bien sûr, il y en avait partout, "so waht???".
    Mais c’est Jean Michel et non moi, qui, à la station suivante alla voir l’exclu du cauchemar américain et lui donna un billet de 20 dollards afin qu’il put manger…

    POUR SUITE DU MESSAGE, VOIR LE COMMENTAIRE SUIVANT

  10. SUITE ET FIN DES MESSAGES PRÉCÉDANTS
    Puis, par la suite, nous découvrîmes ensemble le grand Canyon et son spectacle grandiose. Nous dormîmes à deux dans une tente minuscule installée dans 50 cm de neige en y grelotant de froid au milieu des coyotes à cause d’un équipement insuffisant…
    Nous descendîmes à pied au fond du Canyon, pour y planter la tente le soir et remonter au matin suivant. Lors de notre ascension – 1500 mètres de dénivelé – je fus surpris de constater que moi qui ne fumait pas et faisait du sport, je peinais à suivre un Jean Michel fumeur et qui ne pratiquais plus de sport depuis longtemps…

    Puis de retour à l’auberge de jeunesse de Flagstaff, Jean Michel reprit le chemin de New York, car le patron pour lequel il bossait au black l’attendait… Quant à moi, je poursuivis mon périple dans le désert et les réserves indiennes, grâce à un vélo de location.

    À cette époque, j’étais intransigeant, extrême et entier dans ma quête d’aventure, jusqu’à l’égoïsme et la bêtise, et je ne dus pas être un compagnon de route bien agréable. Jean Michel, lui fût irréprochable d’un bout à l’autre et Je m’en suis longtemps voulu d’une certaine attitude à son égard, à tel point que longtemps après, analysant rétrospectivement mon comportement, j’estimais lui devoir des remerciements et aussi des excuses…

    Mais je ne l’ai pas revu avant son retour à Paris et je suis parti peu de temps après en Guyane où je vis à nouveau après une interruption de quelques années. Nous nous sommes complètement perdus de vue.
    J’ai repensé souvent à ce voyage en Arizona qui compte parmi mes souvenirs importants, et par conséquent au début de mon périple avec lui. Je n’ai jamais pu ni le remercier ni m’excuser.

    C’est, tout comme Olivier ci dessus, en tapant ce soir son nom sur un moteur de recherche, que j’apprends sa mort sur cette page, 6 ans après son décès effectif…

    Aux USA, les gens qui le croisaient disaient simplement "Jean Michel is a nice guy". Je ne pouvais qu’acquiescer avec presque une pointe de jalousie, je dois l’avouer. Ce soir, contre toute attente, j’ai pleuré quelqu’un qui n’était certes plus qu’un lointain souvenir, mais celui d’une belle âme…

    Merci Jean Michel, pour ta générosité et ton désintéressement, et pardonne moi, où que tu sois.

    Amitié

    Jean Marc

  11. De rien.
    Merci à vous.
    J’ai vraiment de la peine car j’espérais bien le revoir un jour. Je pensais à lui à chaque foiis que j’évoquais mon périple en Arizona.
    j’avais parfois moi aussi tapé son nom dans Google sans rien trouver.
    Et pour cause!
    La nouvelle de sa mort ne date que d’hier via votre site… J’en suis affecté même si cela fait 20 ans que je n’avais pas de nouvelles.
    C’était vraiment un super mec.

    Jean Marc Moreau

  12. Bonjour,

    comme d’autres personnes ayant témoigné sur ce fil, c’est également en faisant une recherche avec le nom de Jean-Michel Kacédan, que je suis tombé sur votre blog… et ai appris avec tristesse qu’il n’était plus avec nous depuis de nombreuses années.

    Juste une anecdote:
    À l’époque Jean-Michel était venu passer quelques jours en ma compagnie à Saint-Cyr en Arthies, dans une vieille maison familiale où je m’étais réfugié le temps d’un été pour travailler mes gammes. À l’occasion de ce séjour il a peint trois tableaux et m’en a offert un que je garde toujours précieusement.
    Je l’ai pris en photo (désolé, la qualité n’est pas très bonne) et viens de l’uploader à votre intention.
    Si le cœur vous en dit, voici le lien:
    http://img507.imageshack.us/img507/3964/saintcyr.jpg

    Bien cordialement, en mémoire de Jean-Michel dont je garde moi aussi un excellent souvenir.

    Jean-Yves Le Restif

  13. Mince… Ca me bouleverse, c’est vrai, même si je l’avais pas revu depuis longtemps (et pour cause), alors il est mort depuis dix ans ! Au début je croyais à un homonyme, c’était impossible. Et puis Arts déco, illustrateur, animations, Versailles… Pas d’équivoque. Réel : c les meilleurs qui se barrent les premiers. C’était donc vrai.

      • Ca me fout en l’air. Ma journée c’est sûr. Plus longtemps on va voir. Pendant tout ce temps je pensais souvent à lui, comme quelqu’un de vivant bien sûr, qu’il faudrait que j’appelle bientôt. Je n’étais pas toujours en France il faut dire. Ce matin je voulais lui envoyer fièrement mon roman. On en avait parlé ensemble, au siècle dernier. J’ai enfin réussi à le publier. « Mort d’un nègre », ed de l’Age d’homme. Je lui avais envoyé le manuscrit à Versailles il y avait quelques années, je m’étonnais de son silence, lui si bien élevé, attentif, excellent critique, artiste jusqu’au bout des ongles. Merde. Le pire c’est qu’il était beaucoup plus JEUNE que moi…
        Michel Bideau

  14. Bonjour, je pensais à Jean-Michel, là, tout de suite, et je suis tombé sur ton texte magnifique. Je l’avais fait travailler pour une encyclopédie chez Gallimard Jeunesse, il y a longtemps. Effectivement il adorait les perspectives affolantes et les cadrages surprenants. Merci pour ton texte et à bientôt chez Dominique… JP

    • Salut Jean-Philippe… C’est toujours émouvant de voir encore des commentaires arriver sur ce billet-hommage. Jean-Michel a laissé des traces dans le coeur et la mémoire de bien des gens.
      Et oui, à bientôt chez Domi 😉

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