Du charme si perfide des réseaux sociaux…

Suite à la polémique de « On a chopé la puberté », Anne Guillard décide d’arrêter les Pipelettes.
Et je tiens à dire publiquement que je le regrette. Nous sommes voisines dans un magazine depuis plusieurs années, et j’admire son travail.

Certes, les extraits du livre m’ont beaucoup dérangée, moi aussi. Des erreurs navrantes ont été commises.
Mais je connais ce métier de l’intérieur, je sais dans quelles conditions d’urgence (et de financement insuffisant !) on travaille et comment ça peut mener à des plantages spectaculaires. On n’a jamais le temps de prendre du recul car c’est un temps non-productif, donc un coût qui n’est pas budgeté. On doit le prendre sur le reste et, les délais étant de plus en plus serrés, c’est de moins en moins possible. Alors le risque de travailler avec un angle mort qu’on perçoit trop tard, est très élevé.
Je n’excuse pas, je donne un élément d’explication.

MAIS j’observe aussi que plus de 140 000 personnes ont signé une pétition contre un bouquin tiré à 3000 ou 5000 selon les sources, ça fait donc un paquet de gens qui ont jugé un ouvrage sans l’avoir lu, sur des fragments choisis par d’autres. D’autres qu’ils ne connaissent pas autrement que virtuellement.
De même, beaucoup de choses violentes et insultantes ont été adressées aux autrices, toujours à travers cette virtualité.
Ces violences et ces insultes auraient-elles été faites et dites de la même façon, en face à face avec elles ? J’en doute.
Ça aussi, c’est dérangeant.
De même que les autrices sont responsables de leurs erreurs, nous sommes responsables des violences que nous commettons à l’abri de nos écrans, en toute bien-pensance.
Et je ne m’exclue pas de ce phénomène. Moi aussi, ça m’est arrivé de le faire.
Mais je commence à voir ça sous un jour nouveau. La prochaine polémique sur les violences verbales des trolls d’internet aura un drôle de goût.
Être du côté de ceux « qui pensent juste », ne devrait pas être une autorisation de se comporter comme eux.

Et si je dois me prendre aussi des scuds pour avoir dit tout ça, qu’il en soit ainsi.
PrincessH est triste